Connaissance ordinaire et connaissance éveillée

 Connaissance ordinaire et connaissance éveillée

Khenpo Tendzin Yeshé nous a expliqué un traité écrit par le 3ème Karmapa Rangjung Dorje  

 

 

 Du 5 au 22 janvier dernier, une quarantaine de moines, de moniales et de pratiquants laïcs se sont réunis dans le temple de Laussedat pour commencer l'étude du traité Qui différencie la connaissance ordinaire de la connaissance primordiale, connu sous le nom de Namshé Yeshé en tibétain. Cet ouvrage, parmi les plus importants de notre tradition, a été composé par le 3ème Karmapa Rangjung Dorje qui vécut de 1284 à 1339.

Ce texte a pour but d'exposer clairement ce qui distingue la connaissance confuse, de la connaissance authentique qui conduit à l'éveil parfait d'un Bouddha. La connaissance confuse fait référence à l'esprit humain lorsqu'il est dominé par l'ignorance et les émotions perturbatrices, autrement dit, pris dans une relation dualiste à l'égard des objets qui ne permet pas de connaître leur véritable nature ; à la différence de la connaissance primordiale, qui perçoit les phénomènes de manière non voilée, dans leur véritable essence.

Deux groupes s'étaient constitués après les sessions d'enseignements du matin et de l'après midi pour s'assurer de leur bonne compréhension des explications données et préparer les questions qui étaient présentées à la session suivante. Cela a permis d'approfondir des notions essentielles appartenant au grand véhicule.

Cette nouvelle expérience a laissé chaque participant enthousiaste et enrichi de nouvelles compréhensions, mais aussi dans l'attente de pouvoir poursuivre, dès l'an prochain, l'étude de la deuxième partie de ce texte qui a éveillé un profond intérêt.

Cette retraite a été l'occasion de faire également la connaissance de  Khenpo Tendzin Yeshé dont l'érudition, la simplicité et l'habileté à enseigner à un public occidental ont été très appréciées. Le Karmé Guendune l'a rencontré à l'issue de cette retraite d'études et nous vous livrons ci-dessous le contenu de l'interview qu'ils nous a accordée.

 

Karmé Guendune : Khenpo Tendzin, pourriez-vous nous parler de votre vie, depuis votre naissance au Tibet jusqu'à votre arrivée en Inde où vous résidez actuellement ?

Khenpo Tendzin : Je suis né dans le Kham, au Tibet oriental, dans un village situé près de la petite ville de Garzé. Nous étions huit enfants et nous vivions avec nos parents et nos deux grands-mères. J'y ai vécu jusqu'à l'âge de 14 ans, avant de partir, accompagné de mon père, rejoindre mon frère aîné qui vivait à Lhasa. C'était en 1990. Mon père qui avait une grande foi en Shamar Rinpoché me demanda si je désirais le rencontrer. Comme tel était mon souhait, il paya un guide qui devait accompagner une douzaine de réfugiés désirant se rendre au Népal. Il nous fallut six mois pour arriver à pied clandestinement à Kathmandou, en pleine saison des pluies. Je décidai alors d'aller en bus avec deux moines tibétains jusqu'à Rumtek où je demeurais.

 

KG : Comment s'est passé votre séjour à Rumtek ? Vous y avez étudié ?

Khenpo Tendzin : J'allai d'abord à l'école, puis je devins moine ainsi que quatorze de mes camarades avec lesquels j'étudiais la grammaire et l'anglais pendant un an et demi jusqu'à ce qu'éclatèrent les troubles qui ébranlèrent le monastère. Nous étions en 1993 et, à la mi-juillet, je m'installai pendant six à sept mois dans la maison de Shamar Rinpoché. Je me rendis ensuite à Delhi. Fin 1994, j'entendis parler par mon frère de l'Institut (Shedra) de Penor Rinpoché, dans le sud de l'Inde, Il y connaissait un moine originaire de notre village. Après avoir parlé avec lui, ils convinrent que je m'y rendrais pour y poursuivre mes études.

 

KG : Comment se déroulent les études dans un tel Institut d'études traditionnelles ?

Khenpo Tendzin : De 1995 à 2006, je suivis sans interruption les cours et la formation propres à l'Institut (Shedra) jusqu'aux examens finaux. Puis, je continuai encore pendant trois ans à étudier jusqu'à l'obtention de mon doctorat. En 2010, je reçus mon diplôme de Khenpo des mains de Lama Karma Kutchen, directeur du shedra de Pelyul après le décès de Penor Rinpoché.

Plus tard, je fus envoyé dans d'autres monastères nyingmapas dans la région de l'Himachal pour y enseigner la grammaire pendant un an. Puis, je partis au Népal pour enseigner deux années dans un shedra.

 

KG : Avez-vous eu l'occasion de rencontrer Shamar Rinpoché ? C'était aussi votre objectif en vous rendant en Inde.

Khenpo Tendzin : Je me rendis à Bodhgaya où je pus assister aux enseignements de Bérou Khyentsé Rinpoché et là je rencontrai Shamar Rinpoché à deux reprises qui m'enjoignis d'aller à Kalimpong. En 2017,  je fus invité par Khenpo Gyaltsen Zangpo à aller m'installer à l'Institut d'études Diwakar de Kalimpong pour être au service de son activité.

 

KG : Qu'enseignez-vous à Kalimpong ?

Khenpo Tendzin : J'y enseigne les thèmes qui me sont demandés tels que la grammaire, la connaissance valide (tsema), et toutes sortes d'autres sujets. La plupart du temps , il s'agit de textes de l'école Nyingmapa, d'auteurs tels que Mipham Rinpoché ou Longtchenpa.

 

KG : Habitué à l'Inde et au Népal, est-ce si différent pour vous d'enseigner en Europe ?

Khenpo Tendzin : C'est mon premier séjour en Europe, mais ce n'est pas si différent que cela, pour moi, d'enseigner à des Européens en tant qu'individus. Pour ce qui est de l'enseignement du Bouddha, c'est autre chose, Sur le fond, le sens à transmettre est le même, mais il faut expliquer davantage pour que les gens comprennent. Certains lamas qui participent ont, eux, reçu de nombreux enseignements dans le passé. Pour les autres, il faut employer des termes plus ordinaires, plus communs. J'ai apprécié le fait qu'il y ait eu de nombreuses questions posées. En Inde, il n'y en a pas vraiment. Ici, on a pu partager des connaissances, réfléchir sur le sens des sujets traités et ainsi approfondir par des questions-réponses. J'étais très heureux de cette expérience-là. Certains monastiques ont beaucoup d'expérience, de connaissances. Pour ma part, je n'ai jamais accompli de retraite traditionnelle de trois ans. Tout ce que je peux partager, c'est seulement à travers la connaissance des textes.

 

KG : Avez-vous eu des expériences similaires dans d'autres pays avant ce séjour en Europe ?

Khenpo Tendzin : L'année dernière, je me suis rendu dans des centres bouddhistes à Taiwan. Certains ont reçu quelques très bons enseignements philosophiques. D'autres, reçoivent des initiations et ne font que des rituels. A mon sens, ils n'approfondissent pas la connaissance. Il leur faudrait établir une véritable connaissance basée sur les textes pour pouvoir apporter un bienfait à autrui. Dans d'autres centres, en Inde, des initiations sont données qui apportent des bénédictions. Les enseignements me semblent très importants, car ils permettent d'acquérir une compréhension authentique.