Un cycle de retraite s’achève et un nouveau cycle se prépare

C'est le mercredi 25 novembre prochain que les retraitants retrouveront le monde extérieur.

En effet, après trois ans consacrés à la méditation sur les bases du chemin spirituel les retraites de fondation s'achèvent.

Dès 9h30, les retraitants hommes et femmes s’achemineront vers le stoupa du Bost et de Laussedat respectivement. Ils y accompliront des pratiques d’offrandes et de souhaits et referont ce même rituel, dans le petit temple du Bost et celui de Laussedat. C’est ainsi qu’ils dédieront les mérites de leur retraite au bien de tous les êtres.

A 11h, tous se réuniront dans le grand temple du Bost où la même cérémonie sera à nouveau accomplie.

Puis ils retrouveront leur famille, leurs amis, leurs proches. Les centres de retraite étant ouverts, il sera alors possible de les visiter.
L'après-midi les pratiques quotidiennes de Kundreul Ling auront lieu au grand temple.

Le lendemain une pratique du gourou-yoga de Milarepa aura lieu à 10h dans le grand temple du Bost, clôturant ainsi les cérémonies.

Entretien avec de futurs retraitants

Nous sommes allés à la rencontre de Markus et de Vika qui ont décidé de vivre, pour la première fois, l’expérience d’une retraite de fondation de trois ans et trois mois. En effet, un nouveau cycle de retraite débutera le samedi 21 mai 2016. Ils nous racontent leur parcours depuis leur rencontre avec le bouddhisme jusqu’à leur projet de s’engager dans ce type de retraite.

Karmé Guendune : Comment avez-vous rencontré le bouddhisme et comment l'avez-vous vécu à partir de ce moment-là ?

 

Vika : J’ai vécu en Russie où je pensais que mes conditions de vie ne me permettaient pas de donner un véritable sens à ma vie. A la première occasion, j’ai quitté mon pays et, arrivée en France, ce fut pour moi comme une bouffée d’air frais. A Paris, j’ai rencontré mon futur mari, qui m’a dit que si je voulais connaître une voie spirituelle authentique, je devais aller à Kundreul Ling. Là, en 2004, j’ai rencontré des lamas et ressenti l’esprit de Guendune Rinpoché, un air de liberté, une simplicité dans les rapports directs, pas toujours faciles, mais sans hypocrisie. Je me suis sentie à l’aise, chez moi.

Depuis, ces sentiments se sont accrus et approfondis. Ce sens que je cherchais m'était enfin apparu et est demeuré en moi. Me comprenant mieux moi-même, je commençais à mieux comprendre le monde et les autres.

 

 

Marcus: A l'âge de cinq ans, j'ai rêvé du Tibet, du pays pas du bouddhisme. C'était un beau rêve qui m'a marqué. Toute ma vie, je pense avoir aspiré à être moine. Vers trente-cinq ans, je pratiquais une méditation un peu « new age » avec un groupe de personnes et j'ai vu un être extraordinaire qui portait une coiffe noire.

L'instructeur qui nous guidait m'a dit qu'il pouvait s'agir du XVIe Karmapa. Deux jours plus tard, lama Ole Nydhal venait en Suisse, mon pays, pour rencontrer des pratiquants et je me suis tout de suite senti en lien avec tout le monde. Pendant dix ans, j'ai pratiqué le gourou yoga du XVIe Karmapa.

 

 

KG : Pourquoi vous êtes-vous décidés à vous engager dans un cycle de retraite de trois ans ?

Vika: Mon futur mari, qui avait déjà accompli une retraite de trois ans, m’en avait parlé. Plus tard, j’ai rencontré d’autres personnes qui avaient fait ce type de retraite ou s’y préparaient. J’ai éprouvé de l’intérêt, puis en méditant les pratiques préliminaires et d’autres encore, cet intérêt a grandi. Cela a mûri pendant dix ans. Ensuite, on a déménagé en Auvergne où on a passé quatre ans à côté de Kundreul Ling. J’ai participé à l’activité du centre en faisant la cuisine à l’ermitage. On suivait les enseignements et on allait aux pratiques. La décision est apparue toute seule, sans aucun effort ni volonté, comme une évidence. Il est devenu évident que pour entrer entièrement dans la pratique, j’avais besoin d’excellentes conditions, celles de la retraite de trois ans.

Marcus: Cela fait dix ans que j'ai cette idée en tête. C'est mon âge qui m'a décidé. Je suis tombé malade, ma vue faiblissait. J'ai pensé que si j'attendais encore, je serais trop vieux. Je pense être prêt maintenant. J'ai fait plusieurs métiers dans ma vie dont celui d'infirmier auprès de malades atteints de la maladie d'Alzheimer. J'ai vu les limites de l'aide que je pouvais leur apporter. Quand c'était très difficile, je récitais doucement des mantras. Ça leur apportait un soulagement. J'avais le souhait d'être plus patient, plus ouvert envers les autres. J'ai connu beaucoup de femmes et fait beaucoup de voyages, mais, au bout du compte, je n'obtenais pas un vrai contentement. J'ai vu aussi comment la pratique spirituelle a changé ma vie ces vingt dernières années. Il m'a fallu beaucoup de temps pour en prendre conscience. Je voulais être sûr d'être prêt dans ma tête et d'adhérer complètement à cette idée pour pouvoir être capable d'aller jusqu'au bout. Les rencontres avec des maîtres comme Shamar Rinpoché et Jigmé Rinpoché m'ont aussi amené à prendre cette décision.

KG : Avez-vous déjà fait des retraites de plus courte durée ?

Vika: Oui, j'ai fait deux fois des retraites de deux semaines à Kundreul Ling et une retraite de sept mois avec mon mari qui se prépare également pour la prochaine retraite de trois ans comme moi. Je vais aussi bientôt faire une retraite de deux mois avec les guides de retraite de Laussedat qui nous suivront pendant trois ans.

Markus : J'ai fait beaucoup de retraites d'une semaine, d'un mois, de trois mois. Ces expériences m'ont beaucoup plu. Rien ne me manquait. J'étais vraiment content.

KG : Comment envisagez-vous cette nouvelle expérience? Êtes-vous bien informés de ce que ça représente ?

Vika: Comme mon mari a déjà fait ce type de retraite, j’en ai une petite idée. Et puis, j’ai vraiment confiance en Karmapa et en les lamas qui vont nous guider. Je ne me prépare pas de manière spécifique. Je continue à méditer et à regarder mon esprit. Je fais beaucoup de souhaits. J’apprends le tibétain et j’essaie de ne pas imaginer comment ça va se passer. Mon esprit se prépare de lui-même, il rentre de plus en plus en retraite.

Markus: Je vois des difficultés comme celle qu'implique la vie de groupe, car j'ai souvent préféré vivre seul, même si ça n’a pas toujours été le cas. La paresse aussi, car j'aime bien ne rien faire. La musique me manquera certainement. Toute ma vie, j'ai toujours choisi ce que je voulais faire. J'ai été dans des situations où, étant matériellement privilégié, je pouvais faire des choix. J’ai décidé de faire comme une préparation à la vie de groupe en venant vivre à Kundreul Ling pendant une année. En participant à la vie communautaire, je prends de nouvelles habitudes pour être prêt quand le moment de la retraite de groupe viendra. C’est important pour moi ; j’imagine que ça doit l’être aussi pour d’autres.

KG : Quels défis et quelles difficultés pensez-vous devoir affronter ?

Vika: Les mêmes que maintenant: mes émotions. A quel point ma motivation est-elle plus forte que mes doutes ? Etre séparée de mon mari, c’est aussi très dur, mais en même temps, on sera dans le même « train ». C’est un peu comme si on était seulement dans des wagons différents. En tout cas, ce qui me fait plus peur que tout, ce serait de ne pas pouvoir progresser vers la libération de la souffrance, de ne pas pouvoir faire l’essentiel dans cette vie qui est brève et instable. Tout le monde est dans la souffrance comme moi, a des problèmes et veut trouver le bonheur. Des êtres de sagesse, qui n’ont pas eu peur de consacrer leurs vies à l’essentiel, peuvent nous aider. Ils ont pratiqué pendant des années en retraite pour pouvoir le faire, prenant les difficultés comme la base même de leur pratique. Pourquoi ne pas suivre leur exemple? Pourquoi compter sur les autres qui ne pourront pas nous aider au moment de la mort? Les autres ont déjà fait énormément pour nous, en commençant par nos parents, nos professeurs et tous ceux qui nous ont appris la bienveillance. Il est donc temps de les payer de retour.

Markus: J'ai eu l'occasion de rencontrer à Kundreul Ling mes futurs compagnons de retraite à deux reprises lors de week-ends d’information et d’échanges sur la retraite de fondation. Cela m'a rassuré par rapport à mes craintes sur la vie de groupe. Le programme que Lama Tendzin, notre futur guide en retraite, nous a présenté,  m'a bien plu. Je pense qu'il me conviendra mieux que celui de la retraite traditionnelle et j'ai le sentiment que je ferai une retraite dans un groupe d'hommes mûrs et déterminés. Cela m'inspire confiance pour faire cette expérience.