Gyalwa Karmapa à Kundreul Ling - Douceur, puissance et clarté de l'éveil

Pourquoi ces visages souriants et heureux rassemblés en cette fin d'après-midi du 26 juin ? Pourquoi cet air de fête des grands jours ? Gyalwa Karmapa* arrive à Kundreul Ling. Les communautés monastique et laïque l'ont accueilli officiellement le lendemain dans le grand temple paré pour l'occasion de ses plus beaux brocarts.

Des offrandes traditionnelles de thé, de nourriture, ainsi que d'autres supports de l'activité bénéfique pour les êtres a été effectuée pour accueillir et remercier Gyalwa Karmapa de sa présence.

Il nous a dit sa joie d'être parmi nous à nouveau. Il a incité chacun à garder ses engagements et à mener ses promesses de bodhisattva* jusqu'à leur terme, l'éveil : « j'ai confiance en vous, je sais que vous avez la force de le faire ». Gyalwa Karmapa était accompagné de Nendo Rinpoché et de quatre moines. Jigmé Rinpoché, Thinlay Rinpoché et Lama Pourtsé l'ont rejoint à Kundreul Ling. Durant son séjour, il a rendu visite aux centres de retraite et a conféré à un large public l'initiation de Dordjé Sempa* le 1er juillet. Son séjour avait aussi pour but la rencontre avec la sangha monastique afin de répondre à des questions d'ordre spirituel et administratif concernant l'avenir proche de la communauté et des centres de retraites.

Lors de la cérémonie d'au revoir, le 2 juillet, Gyalwa Karmapa nous a annoncé son intention de revenir l'an prochain. D'une manière générale, et lorsqu'il n'est pas parmi nous, il nous a rappelé de nous tourner davantage vers Jigmé Rinpoché, le responsable spirituel de Kundreul Ling. Il nous a également encouragés à développer davantage de confiance les uns envers les autres. Sa disponibilité et sa clarté ont permis à chacun de recevoir des conseils individuels appropriés. Il a aussi consacré du temps aux stagiaires pratiquants, les encourageant à persévérer dans leurs intentions et leurs motivations positives.

Gyalwa Karmapa n'a pas oublié non plus les lecteurs du site internet...

Karmé Guendune : Comment définissezvous le chemin bouddhiste pour un pratiquant occidental ?

Gyalwa Karmapa : Le bouddhisme est un mode de vie par lequel nous développons les qualités de notre esprit. Nous les cultivons et essayons de reconnaître la nature de l'esprit. Il faut tout d'abord comprendre que le bouddhisme n'est pas une religion et qu'il n'est pas non plus exactement une philosophie parce que ces deux termes n'en recouvrent pas le sens. Très simplement, c'est une méthode, un enseignement et un mode de vie. C'est un mode de vie très particulier parce que c'est une façon d'atteindre le bonheur sans nuire à autrui.

Karmé Guendune : Que signifie être un pratiquant bouddhiste ?

Gyalwa Karmapa : Cela signifie essayer de cultiver toutes nos qualités positives afin de ne pas être un fardeau pour la société ni pour quiconque. Nous développons tout d'abord toutes ces qualités pour le bienfait des autres et ainsi, que ce soit directement ou indirectement, nous leur apportons naturellement de l'aide et devenons un exemple.

Karmé Guendune : Lorsque les pratiquants sont impliqués dans une vie quotidienne active et intense avec une famille, un travail, comment pratiquer le Dharma dans ce cas ?

Gyalwa Karmapa : Peu importe la vie que l'on mène, elle est déjà en soi une excellente pratique. Avoir du temps pour la pratique traditionnelle est bien sûr très bien, mais on peut appliquer dans sa propre vie tout ce que l'on a pu apprendre. Ceci s'avère bien plus qu'une pratique, c'est en fait vivre dans la pratique. La pratique formelle et la vie quotidienne ne doivent pas être séparées.

Karmé Guendune : Le bouddhisme tibétain est parfois considéré comme quelque chose de très exotique du fait de ses aspects extérieurs (rituels, divinités etc.). Parfois les pratiquants se focalisent sur ces aspects extérieurs et n'en comprennent pas le sens véritable. Comment se relier d'une façon correcte à cela ?

Gyalwa Karmapa : Tout d'abord, il faut comprendre que tous ces rituels, toutes ces divinités etc. sont de simples références. Il est nécessaire, dans un premier temps, d'identifier ces références avec tous les détails. Une fois ceci effectué, tout naturellement, il n'est plus possible d'en avoir de mauvaises compréhensions.

Karmé Guendune : Vous êtes habitué à beaucoup voyager en Occident, pensez-vous que la forme tibétaine du bouddhisme puisse s'enraciner véritablement en Occident et en Europe ?

Gyalwa Karmapa : Je peux voir qu'il y a une adaptation merveilleuse et naturelle du bouddhisme en Occident. Bien sûr, selon les circonstances, il peut y avoir quelques changements, les méthodes peuvent varier de temps à autre, néanmoins, je pense que l'essence même continuera toujours.

Karmé Guendune : Pourriez-vous donner un conseil aux membres d'une communauté de pratiquants, qu'ils résident dans un lieu comme Kundreul Ling ou qu'ils soient investis dans un centre ? Quel état d'esprit et quelle conduite se doivent- ils de respecter ?

Gyalwa Karmapa : Tout dépend de l'engagement que chacun a pris au départ. Si une personne s'est engagée sur la voie des arhats*, c'est alors exactement cette conduite qu'elle doit respecter. Il en va de même pour la voie des boddhisattvas. Et si c'est le chemin du vajrayana*, c'est alors celui-ci qu'il faut respecter. Pour être capable de respecter ses engagements correctement et de manière profonde, il faut toujours être attentif, prudent et vigilant quant aux actions que nous accomplissons par le corps, la parole et l'esprit.

Karmé Guendune : Ces dernières années vous avez voyagé à la fois en Occident et en Orient. Quelles particularités remarquez-vous en Occident en relation avec le Dharma ?

Gyalwa Karmapa : Les qualités que je vois en Occident sont que tous les pratiquants que j'ai pu rencontrer souhaitent vraiment apprendre le Dharma avec intelligence et intérêt pur. Il y a de très bonnes bases et chacun fait vraiment des efforts pour parvenir à un résultat. De nombreux pratiquants ont de très bonnes qualités, cependant, ils devraient faire attention à toujours garder à l'esprit que tant que l'éveil n'est pas atteint, il y a toujours souffrances et renaissances. Cela signifie qu'il faut faire des efforts pendant longtemps. Cela ne veut pas dire que si cela ne marche pas tout de suite, c'est la fin ! Ce que je veux dire c'est qu'il ne faut pas attendre de résultats immédiats. C'est très important parce que c'est souvent un obstacle. Parfois, du fait de forts obscurcissements*, les gens n'obtiennent pas de résultats tout de suite et abandonnent. C'est un obstacle auquel chacun doit être vigilant. Mis à part cela, les qualités positives et les bases sont présentes.