Qu'en est-il du projet d'une école d'art ?


  Lama Kunkyab : " Nous avons discuté avec lui (Denzong Norbou) de l'idée d'une école d'art. Nous avons essayé de voir comment établir une structure permettant d'avoir accès à la peinture des tankas (peintures religieuses sur toile). Norbou est fatigué de parcourir l'Europe chaque année et il préfèrerait que tous ceux qui désirent suivre son enseignement puissent se réunir dans un même lieu.

Il souhaite que nous ayons chacun des spécificités ou spécialités et que nous fassions comme dans les anciens ateliers en Occident, jusqu'au XVIIIe siècle. Lorsqu'un nouvel apprenti-peintre arrivait, il faisait les feuilles des arbres pendant plusieurs années, et progressait ainsi jusqu'à peindre des personnages ; les maîtres préparaient les dessins ou n'intervenaient qu'à la fin de l'œuvre pour faire le visage et parfois les mains. Quand on voit un Léonard de Vinci, on pourrait dire un "atelier de Vinci" ! Tout était peint dans le sens de ce qu'enseignait le maître. A cette époque, il y avait plusieurs maîtres, il n'était donc pas rare qu'un disciple participe à l'atelier de plusieurs maîtres afin d'enrichir son savoir.

C'est ainsi qu'est arrivé le maniérisme au 17e siècle. Chaque artiste avait développé une façon plus personnelle de peindre, au travers des divers ateliers. C'est ce qui pourrait se passer avec l'art tibétain.

  Néanmoins, il est nécessaire de pouvoir un jour produire des supports de pratique comme nous ne pouvons plus en trouver que dans les musées, tant dans la qualité artistique que du point de vue de la justesse par rapport au Dharma.

Il faut donc bien établir les bases de ce qui peut changer et de ce qui est à conserver. Certains peintres tibétains ont développé un style qui est pur au niveau de la transmission qu'ils ont reçue, mais cela a pris des tournures tellement personnelles que bien qu'étant du grand art, exceptionnel, cela ne peut plus servir de base de transmission. On ne peut pas recevoir une transmission uniquement par la copie d'œuvres de maîtres, ce n'est pas suffisant.

Nous avons montré à Norbou le lieu où nous aimerions établir l'école d'art et il l'a trouvé de bon auspice. Nous pourrons envisager de faire des retraites de peinture, c'est-à-dire combiner les sessions de peinture intensive et la méditation. Il nous a expliqué que tout le monde ne peut pas expérimenter ce type de retraite. Il faut une motivation profonde, un engagement. Nous ne pouvons pas le faire uniquement avec l'objectif de nous amuser et de passer un bon moment. C'est comme pour une retraite de méditation, il s'agit de s'engager dans une voie.

 



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